Je ne vais pas vous mentir : la grossesse, pour beaucoup d’entre nous, ressemble parfois à un grand huit sans ceinture. Un matin on rit aux éclats en regardant une vidéo de chat, l’après-midi on fond en larmes devant une pub pour des couches, et le soir on crie — intérieurement ou pas — parce que la boîte de céréales a disparu. Ces montagnes russes émotionnelles font partie du package et elles peuvent être épuisantes, déroutantes… mais aussi tout à fait normales.
Je me souviens encore de la première fois où Claire, ma grande de 14 ans, m’a regardée sérieusement et m’a demandé si j’étais « de mauvaise humeur pour toujours ». J’ai ri (jaune), puis j’ai pleuré (sans trop savoir pourquoi) et attendu qu’Antoine, mon petit de 6 ans, me tende un biscuit comme pour apaiser le monde. Si je vous raconte ça, c’est parce que vous n’êtes pas seule dans ce tourbillon — beaucoup d’entre vous vivent ça, et il y a des façons de mieux comprendre et traverser ces vagues.
Je vous explique pourquoi ces montagnes russes existent, je partage des témoignages de futures mamans (et quelques petites astuces qui les ont aidées), et je vous donne une trousse pratique pour apaiser les jours difficiles. Sans jugement, avec humour et beaucoup de bienveillance : vous allez survivre — et parfois même en rire.
Pourquoi ces montagnes russes émotionnelles ?
On commence par le classique : oui, les hormones jouent un rôle. Pendant la grossesse, les fluctuations d’œstrogènes, de progestérone et d’autres substances influencent votre cerveau émotionnel — rendant parfois la joie plus vive et la tristesse plus profonde. Mais ce n’est pas une excuse magique : les hormones créent une prédisposition aux émotions intenses, elles n’effacent pas votre vécu, vos peurs et vos besoins.
Important à savoir : les montagnes russes ne viennent pas seulement des hormones. Elles sont souvent le résultat d’un cocktail :
- fatigue accumulée (très fréquente au premier et au troisième trimestre),
- stress lié au travail ou aux finances,
- souvenirs d’expériences passées (fausses couches, difficultés antérieures),
- grands changements dans les relations (votre partenaire, vos enfants, famille),
- pressions sociales sur la « bonne » façon de vivre la maternité.
Ce sont souvent des micro-événements anodins qui font déborder le vase : un commentaire maladroit, une réunion stressante, une nuit interrompue. Voici quelques déclencheurs réels que j’ai vus autour de moi :
- l’angoisse liée aux examens médicaux (échographie, résultats),
- la culpabilité de demander de l’aide,
- la peur de ne pas être à la hauteur pour ses aînés (ou pour le bébé),
- la sensation de perte de contrôle sur son corps et son espace.
Ces petites fissures s’agrandissent quand on ne prend pas soin de soi. Et non, ce n’est pas de la faiblesse : c’est une réaction humaine face à un immense changement.
- Priorisez le sommeil autant que possible. Même 20 minutes de sieste peuvent changer beaucoup.
- Mangez régulièrement : la glycémie qui chute intensifie l’irritabilité.
- Intégrez de petites pauses respiratoires : inspirer lentement 4 à 6 secondes, expirer 6 à 8 secondes peut aider à calmer une montée d’angoisse.
- Tenez un journal express : noter un ou deux mots sur ce que vous ressentez aide à sortir l’émotion du corps.
- Dites à une personne de confiance : « Aujourd’hui je vais être sensible, juste pour que tu saches. » Souvent, la simple mise en garde suffit à vous sentir soutenue.
Je me rappelle quand j’attendais Antoine, j’ai éclaté en larmes parce que mon sandwich avait été mangé par erreur. Antoine n’était pas encore là, et pourtant j’avais le sentiment de tout perdre. C’est fou et c’est normal. Accueillir ces moments sans les juger, c’est le début du répit.
Témoignages de futures mamans (et petites stratégies qui ont marché)
Pour que ça ne reste pas que de la théorie, voici des histoires vraies — ou du moins très plausibles — de femmes qui ont vécu ces montagnes russes. Je les ai choisies pour montrer la variété des expériences.
« J’ai pleuré pendant une réunion Zoom. Pas discrètement. J’ai fermé l’écran, pris une grande respiration et appelé ma collègue. Elle m’a dit : ‘Prends ton après-midi’. J’ai pleuré encore un peu, puis j’ai dormi. Le lendemain, j’ai négocié une organisation plus flexible avec mon manager. »
Ce qui a aidé : demander un aménagement au travail, accepter une micro-sieste, parler franchement de ses limites. Si vous avez peur du jugement professionnel, pensez à un plan court et factuel pour votre manager : ce que vous pouvez et ne pouvez pas faire.
« Je me sentais coupable parce que je pensais ne pas aimer mon ventre. Je pensais aussi que Claire, ma grande amie dans le voisinage, m’en voudrait. Finalement j’en ai parlé à ma sage-femme et on a fait des ateliers d’image corporelle. Ça m’a aidée à retrouver de la douceur. »
Ce qui a aidé : consulter une sage-femme ou une psychologue périnatale, participer à des ateliers, s’autoriser un soin (massage, moment esthétique) pour reconnecter avec soi.
« Chaque rendez-vous était un test. J’étais en alerte 48h avant. J’ai commencé à écrire trois choses positives après chaque visite : une info rassurante, une question posée, un geste de bien-être. Avec le temps, ça a cassé la spirale. »
Ce qui a aidé : créer un rituel post-rendez-vous, avoir un compagnon de rendez-vous, préparer des questions à l’avance, demander des explications claires.
« Après une fausse couche, j’avais l’impression que mon corps me trahirait encore. Les pleurs étaient souvent incontrôlables. Mon mari s’asseyait en silence, parfois il massait mes épaules, parfois il partait me chercher un chocolat. Tout n’a pas été parfait, mais j’ai cherché un psychologue spécialisé périnatal. »
Ce qui a aidé : un accompagnement psychologique adapté, un partenaire présent même sans solution, des groupes de parole pour ne pas rester isolée.
Dans un parcours aussi complexe que celui de la maternité, le soutien émotionnel et pratique se révèle essentiel. Il est crucial de reconnaître que les défis ne touchent pas uniquement la personne en quête de maternité, mais également son entourage. Ce partage d’expérience peut renforcer les liens et offrir un espace de compréhension mutuelle. Pour en savoir plus sur les transformations inattendues que peut engendrer la maternité, consultez l’article Quand la maternité bouscule tout.
Encourager les proches à s’impliquer de manière concrète peut atténuer le sentiment d’impuissance ressenti par certains. En proposant des actions précises, il devient plus facile pour eux de trouver leur place dans ce processus. L’engagement des partenaires et amis peut transformer la dynamique de soutien, créant ainsi un environnement plus serein et rassurant. Il est essentiel de bâtir cette communication pour avancer ensemble dans cette aventure pleine de défis.
Mon ami Eric, qui galère avec les démarches d’adoption depuis des années, m’a récemment dit : « C’est fou comme je me sens impuissant même sans être enceinte. » Son ressenti m’a rappelé que même l’entourage vit ses montagnes russes à lui. Parfois, votre partenaire ou vos proches ont besoin d’être guidés pour savoir comment vous soutenir. Proposez-leur des actions claires à faire plutôt que de leur demander d’ »être là » sans précision.
À retenir de ces récits : chaque expérience est unique, mais certaines stratégies reviennent : communiquer, demander de l’aide, structurer les émotions par un rituel, et, si nécessaire, consulter un professionnel.
Comment traverser les montagnes russes au quotidien : votre trousse de secours émotionnelle
Voici des outils concrets et faciles à tester dès aujourd’hui. Pensez à les adapter à votre personnalité et à votre contexte.
Quand tout déborde, la meilleure stratégie est souvent la plus simple : dire ce que vous attendez. Voici des phrases que vous pouvez adapter :
- « J’ai besoin de 20 minutes pour moi maintenant. Peux-tu prendre les enfants pendant ce temps ? »
- « Quand je pleure, je n’ai pas besoin qu’on résolve tout de suite. Serais-tu d’accord pour rester avec moi 10 minutes ? »
- « Je suis très stressée par ce rendez-vous. Peux-tu venir avec moi ? »
Ces formulations évitent la sur-interprétation et donnent une action concrète à l’entourage.
- Respiration consciente : inspirez lentement, comptez jusqu’à 4, expirez doucement en comptant 6. Répétez 5 fois.
- Ancrage sensoriel : tenez un objet (une balle, un tissu doux) et décrivez mentalement sa texture, sa température.
- Marche courte : 10 minutes à l’air, même sans but, font souvent miracle.
- S’hydrater et manger une collation saine : sucre + fatigue = cocktail explosif.
Quand une crise dure, voici un petit plan que je donne souvent :
- Jour 1 : parlez à une personne de confiance (ami, partenaire, membre de la famille).
- Jour 2 : prenez un rendez-vous avec votre sage-femme ou votre médecin pour faire le point.
- Jour 3 : si ça ne s’améliore pas, pensez à consulter un professionnel spécialisé (psychologue périnatal, psychiatre si besoin).
Ne laissez pas la détresse s’installer plusieurs semaines sans en parler. Ce n’est pas « craquer », c’est demander du soin.
Souvent, les partenaires veulent aider mais ne savent pas comment. Vous pouvez leur proposer quelques gestes simples :
- Rester silencieux et tenir la main.
- Faire une tâche ménagère sans qu’on le demande (préparer un repas, ranger les vêtements).
- Apprendre une technique de respiration pour vous guider.
- Préparer un « kit de survie » : snacks, bouteille d’eau, couverture, écouteurs, liste de numéros utiles.
Cherchez de l’aide professionnelle si :
- Les pleurs sont très fréquents et interfèrent avec votre capacité à manger ou dormir.
- Vous avez des pensées intrusives qui vous effraient (ex : peur d’abîmer le bébé).
- Vous vous sentez complètement déconnectée de vos proches et des activités qui vous faisaient plaisir.
Ces signes méritent une évaluation par une sage-femme, un médecin ou un spécialiste périnatal. Il n’y a aucune honte à consulter : c’est une preuve d’amour envers vous et votre bébé.
Les groupes de parole, les ateliers de préparation à la naissance et les séances de yoga prénatal sont d’excellents endroits pour normaliser ce que vous vivez. Partager vos émotions entre futures mamans dédramatise souvent beaucoup de choses et donne des astuces concrètes.
Vivre des montagnes russes émotionnelles pendant la grossesse, ce n’est pas un échec personnel : c’est une réponse humaine à un bouleversement immense. Entre hormones, fatigue, bouleversements relationnels et peurs légitimes, il est normal d’avoir des jours hauts et des jours bas. L’important, c’est de ne pas rester seule avec ça : parler, poser des gestes concrets pour se réguler, et demander de l’aide quand il le faut.
Rappelez-vous de ces trois points simples :
- accueillez vos émotions sans culpabilité ;
- communiquez clairement vos besoins et donnez des actions concrètes à votre entourage ;
- n’hésitez pas à solliciter des professionnels si la situation devient trop lourde.
Vous n’avez pas à tout gérer parfaitement. Prenez une respiration profonde, laissez-vous un petit moment de douceur aujourd’hui, et souvenez-vous : ces vagues finiront par s’apaiser. Et parfois, plus tard, vous rirez en repensant à la fois où vous avez pleuré pour un sandwich disparu (oui, je vous vois).
Avec vous, bienveillance et humour,
Amandine